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Dates-clés de l’histoire contemporaine du Maroc – 1971 – coup d’état du palais de Skhirat.

hassan 2 medbouh
dlimi oufkri

10 juillet 1971

 

Le roi Hassan II donne une grande réception, à l’occasion de son 42ème anniversaire, au palais de Skhirat où sont conviées plus de 1000 personnes dont de nombreuses personnalités étrangères.

1200 cadets de l’Ecole militaire d’Ahermoumou (une des quatre écoles militaires marocaines) située près de Fès, partis tôt le matin dans 25 camions avec 8 tonnes d’armes et de munitions, dirigés par le colonel M’hamed Ababou, chef de l’école militaire d’Ahermoumou, lui-même secondé par son propre frère le lieutenant-colonel Mohamed Ababou, font irruption dans l’enceinte du palais et donnent l’assaut, au cours de la réception, vers 13h45.

Une fusillade éclate immédiatement, et les mutins s’en prennent aux invités, notamment les militaires gradés, en les mitraillant et en lançant des grenades parmi les invités pour empêcher toute tentative de fuite. Il s’agit d’une tentative de putsch longuement préparée et dirigée par le général MEDBOUH, directeur du cabinet militaire du Roi et commandant la garde Royale Marocaine, avec la complicité présumée de très hauts gradés. Initialement prévu le 14 mai 1971, lors de manoeuvres militaires à El Hajeb (près de Fès), ce projet de renversement de la monarchie a été finalement reporté au 10 juillet, lors de la réception organisée pour l’anniversaire du roi.

Le roi échappe aux cadets mutins et se réfugie pendant plus de deux heures dans un exigu local près du bâtiment officiel, en compagnie de proches membres du gouvernement, parmi lesquels le général Oufkir. Deux vedettes qui croisent au large semblent vouloir empêcher toute fuite des participants par la mer. Selon les informations qui ont pu être recueillies par la suite (et notamment selon les dires du roi Hassan II lui-même), le général Medbouh aurait assez rapidement localisé le roi et tenté de parlementer avec lui pour le forcer à abdiquer, en tenant Ababou dans l’ignorance de ces entretiens. Le roi Hassan II aurait fermement refusé de se soumettre.

Il semble que les mutins aient eu ensuite une dissension dans leurs rangs sur la conduite à tenir. En fin d’après-midi, alors que les tirs semblent diminuer, Medbouh est abattu dans des circonstances mystérieuses, peut-être par M’hamed Ababou lui-même, à la suite d’un différend entre les deux insurgés sur le sort à réserver au roi.

Ababou et l’essentiel des jeunes cadets filent alors précipitamment vers Rabat, persuadés que Medbouh a volontairement laissé le roi s’enfuir en hélicoptère vers Rabat. Le roi et les convives sont découverts par les quelques cadets encore présents et sont extraits de leur local mains en l’air. Un de ces cadets reconnaît alors le roi Hassan II. Ce dernier lui demande de lui baiser la main, de s’agenouiller et ils récitent ensemble la Fatiha (1er verset du Coran). Dès lors, tous les autres cadets baissent leurs armes et Hassan II reprend la situation en mains en investissant immédiatement le général OUFKIR des pleins pouvoirs militaires.

Entretemps, l’état major des F.A.R et l’immeuble de la Radio-Télévision ainsi que le Ministère de l’intérieur sont pris d’assaut par les troupes rebelles menées notamment par l’adjudant-chef Harrouch Akka, bras droit du colonel Ababou.

A 16 h 45, un premier message est diffusé sur les ondes de la RTM, dont les locaux sont situés rue Brihi, au nom d’un comité de la révolution, qui annonce la fin du régime. Les rues de Rabat sont désertées par la population civile. Ababou réunit les officiers comploteurs à l’Etat Major, parmi lesquels certains généraux commandants de régions militaires.

Dès le début de soirée, les troupes loyalistes dont la Brigade légère de sécurité, ­commandée par le colonel Assari, investissent le quartier des ministères du Touarga. Au cours de la nuit, les troupes gouvernementales sous les ordres d’Oufkir reprennent un par un les bâtiments occupés et désarment les insurgés.

Les unités spéciales sous les ordres du  général Bachir Bouhali, commandant des FAR, reprennent l’état-major. M’hamed Ababou est très rapidement tué lors de ces affrontements, mais le général Bachir Bouhali y perd la vie abattu par le rebelle, l’adjudant-chef Akka, d’une rafale d’arme automatique.

Bilan de cette journée : environ 150 morts dont 60 invités et plusieurs centaines de blessés, mais le bilan réel des victimes n’a jamais été officialisé.

13 juillet 1971

Le roi annonce officiellement l’échec du putsch.

A 11h15, sur le champ de tir d’El-Menzel dix officiers, dont quatre généraux (les chefs de régions militaires qui auraient été complices) sont fusillés. Il s’agit des généraux Hamou, Bougrine, Habibi, Moustapha, des colonels Chelouati, Feneri, Lakbir Belabsir, Ammi, Abou Sari et du commandant Manouzi. Après ces tragiques événements, l’armée marocaine est décimée : elle perd neuf généraux sur quatorze.

Hassan II prend une série de mesures destinées à renforcer l’ordre et la sécurité dans le pays : il  procéde à diverses nominations et place le port de Casablanca sous le contrôle direct de l’armée.

23 avril 1971

Le roi Hassan II procède en urgence à un remaniement ministériel important : quatre ministres sont démis de leur fonction de même que plusieurs hauts fonctionnaires à la suite de la rumeur d’arrestation de l’homme d’affaires Omar Ben Messaoud aux relations haut placées.

17 mai 1971

Ouverture à Marrakech du procès de 191 personnes inculpées pour atteinte à la sûreté de l’État. 161 inculpés sont présents et 30 sont absents et en fuite à l’étranger, dont Mohamed Basri, ancien leader de l’opposition, déjà condamné à mort lors du procès de 1963 et grâcié en 1965.

ababou
adjudant chef Harrouch Akka

20 janvier 1966

Un mandat d’arrêt international est lancé contre Oufkir et Dlimi. Hassan II manifeste publiquement son soutien à Oufkir. L’opinion publique marocaine le conforte dans cette posture. L’UNFP est silencieuse.

3 mars 1966

Un dahir du 10 février 1966 surprend le monde politique mais surtout militaire : il fixe la nouvelle composition de la garde royale qui comprend désormais une formation aéroportée et parachutiste. Ce dahir souligne la défiance de Hassan II à l’égard des F.A.R. On constatera par la suite, lors des tentatives de coup d’état, l’importance de ce dahir.

6 avril 1966

Lors d’une conférence du presse, le ministre de l’éducation nationale, le Dr Benhima, remet en cause le processus d’arabisation et prône une sélection pour l’entrée du secondaire. Aussitôt les organisations syndicales ouvrières et étudiantes, UMT, UGEM et UNEM se mobilisent en organisant des manifestations de protestation qui recueillent un grand soutien dans la population.

Les étudiants, dans la mouvance de l’agitation étudiante qui existe dans le monde occidental, notamment en Allemagne et en France en 1968, maintiennnent régulièrement des mouvements de protestation jusqu’en 1971. Hassan Ismaïl le vice-président de l’UNEM et l’avocat Omar Benjelloun sont condamnés à de lourdes peines de prison pour incitation à la grève.

9 juin 1966

Institution de par la Loi d’un service militaire obligatoire de 18 mois pour tous les marocains âgés de 18 ans : le service militaire se veut un instrument de modernisation et un moyen de promotion sociale.

4 juillet 1966

Publication des décrets d’application de la réforme agraire : l’Etat marocain doit remettre à des paysans marocains plus de 303.000 hectares récupérés sur les terres exploitées par les colons français. Dans les faits, quelques milliers d’hectares sont réellement remis aux paysans en 1966, la plus grande partie se fera en 1972. L’essentiel des terres récupérées sur les lots de colonisation du temps du protectorat est cédé aux provinces pour leur exploitation afin que leurs recettes soient affectées aux budgets provinciaux.
A l’indépendance, sur 4,5 millions d’hectares cultivables, 1 million d’hectares était exploité par 5400 colons français, 1,8 millions d’hectares par 7500 féodaux marocains tandis que les 600.000 paysans se partageaient un peu moins de 2 millions d’hectares.

5 septembre 1966

Le procès des principaux impliqués dans l’affaire du rapt de Ben Barka s’ouvre à Paris. Dlimi, mis en cause, se présentera lui-même au palais de justice le 19 octobre 1966 pour « laver l’honneur de son pays ». Le procès est remis pour supplément d’instruction, Dlimi est placé en détention provisoire. Il est promu aussitôt Lieutenant-colonel par le roi.

16 février 1967

L’arrestation d’étudiants dans l’enceinte même de l’université de Rabat, montre l’impossibilité d’un dialogue entre l’UNEM et le pouvoir.

3 mars 1967

Discours du trône : le roi annonce une prochaine réforme de la constitution en vue de la levée de l’état d’exception en vigueur depuis le 4 juin 1965.

5 juin 1967

Après ouverture du nouveau procès du rapt de Ben Barka, le verdict tombe : les principaux accusés français Lopez et Souchon sont condamnés à 8 ans. Dlimi est acquitté faute preuve et sort de prison. Oufkir est condamné à perpétuité par contumace. En rentrant triomphalement au Maroc, Dlimi est nommé directeur du cabinet militaire du roi.

Le verdict du procès des ravisseurs de Ben Barka ne suscite pas d’émotion particulière au Maroc, car l’attention de toute la population se porte vers le conflit israelo-palestinien. A Rabat, des manifestations de soutien à la cause palestinienne sont organisées par l’U.M.T. L’ambassade des Etats-Unis est endommagée. A Casablanca, quatre navires américains sont bloqués dans le port par des ouvriers de l’UMT. A Meknès, deux israélites sont tués au cours de manifestations antisionistes.

Cette période marque la dernière des vagues d’émigration des juifs marocains vers les U.S.A, le Canada, la France et Israël (l’émigration juive vers Israël interdite à l’indépendance avait été autorisée à nouveau en 1961, après la naufrage du bateau « le Pisces » rempli d’émigrants clandestins, provoquant la mort de 42 juifs marocains). Du 5 juin au 1er novembre 1967, 7000 juifs auraient ainsi quitté le pays (chiffre non officiel).

6 juillet 1967

Hassan II abandonne le poste de chef du gouvernement qu’il occupait depuis le 7 juin 1965. Nomination de Mohammed Benhima (sans étiquette) comme premier ministre, et constitution d’un nouveau gouvernement. Oufkir fait partie du cabinet ministériel. Il est nommé, par ailleurs, général de division. L’Istiqlal reste dans l’opposition.

14 juillet 1967

La répression s’accentue sur les politiques de gauche comme sur la presse d’opposition. Parmi eux, quatre directeurs de journaux sont arrêtés, Berrada, directeur de l’Opinion (Istiqlal) et El Yazghi, directeur de Libération (UNFP), pour « atteinte à l’ordre public ».

Le 28 juillet 1967, le gouvernement interdit la réunion du congrés annuel de l’UNEM.

plan du palais de skihart 10 07 1971

Prochainement, 1972, la tentative de coup d’état des aviateurs de Kénitra, le mitraillage du Boeing royal…

la suite des dates-clés de l’histoire contemporaine du Maroc, bientôt…

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